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Culture / La fuite en avant d'un père en roue libre


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Sous le titre ironique de «Fête des pères», Jean-Michel Olivier propose un livre passionnant et admirablement construit qui met en scène le déchirement de ces pères du dimanche, contraints de voir grandir leur enfant de sept en quatorze.



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Damien, le narrateur, végète dans une existence sans joie ni but. Tout au plus s'offre-t-il une fois par semaine les services d'une prostituée qui officie selon un scénario immuable. Figurant dans la vie de son enfant, il l'est aussi, de plus en plus, dans son métier d'acteur où il a toujours été cantonné aux seconds rôles. La rupture amoureuse est d'autant plus douloureuse qu'elle se double d'un déclassement parental, celui qui lui vole sa place dans le lit conjugal lui volant aussi sa place auprès de l'enfant. Damien est désormais contraint d'épier la sortie des classes à travers la vitre d'un café. Tout le ramène au passé, à commencer par cet enfant qui cultive la nostalgie de l'époque où ses parents étaient encore ensemble. Entretien.

BPLTLe divorce parental est-il nécessairement un drame pour l’enfant? Ne peut-on pas imaginer que ça puisse être un soulagement si le climat familial est tendu ou que le divorce présente aussi des avantages pour l’enfant comme de lui redonner un rôle central?

Jean-Michel Olivier: Ce n’est pas nécessairement un drame, mais une sorte d’explosion nucléaire qui peut faire pas mal de dégâts, parce que ça fixe les partenaires dans des positions extrêmes aux antipodes de la situation amoureuse de départ. Avec ma première femme, on s’est séparés quand notre enfant avait six ans. Bien que ça se soit passé de façon assez paisible, cette période reste inscrite dans la mémoire de ma fille comme une blessure.

Vous mettez en scène la situation typique d’un père divorcé qui ne voit son enfant qu’un week-end sur deux et qui en souffre manifestement beaucoup. A notre époque de revendications égalitaires, comment expliquez-vous qu’on n’entende pas plus la voix des pères divorcés?

Je me suis beaucoup renseigné, je connaissais de nombreuses personnes séparées qui me racontaient leurs affres, certains avaient tout perdu, j’avais donc du matériel. Les choses sont en train de changer. Pendant longtemps, ces situations ont donné lieu à des gardes uniques. Les pères ont dû se battre. Maintenant, les gardes conjointes ou partagées entrent dans les mœurs.

Dans votre roman, les parents s’appellent Leslie et Damien, mais l’enfant n’est jamais nommé. Suggérez-vous par là qu’il n’est que le dernier trait d’union entre le personnage et son ex?

Oui, on peut dire que c’est un trait d’union. J’ai évité de le nommer pour ne pas le sexuer, l’essentiel étant qu’il s’agisse d’un enfant.

A travers le regard du père déchu, Russ est montré comme le beau-père parfait. Est-ce que les hommes arrivent mieux que les femmes à se glisser dans le rôle de parents de substitution?

Je ne pense pas, les femmes y parviennent très bien. Ma seconde femme s’est parfaitement coulée dans le rôle de marâtre avec ma seconde fille qu’elle a élevée comme si c’était la sienne. Face à Damien qui est un peu perdu, il fallait un personnage antagoniste féminin fort et étranger qui menace de retourner au pays avec l’enfant. Russ l’y encourage.

Votre narrateur perd complètement les pédales et en arrive à tuer un homme à terre et déjà blessé pour lui voler son argent. Doit-on comprendre que c’est quelqu’un d’irresponsable et d’impulsif ou qu’il commet l’irréparable parce qu’il n’a plus rien à perdre?

Plutôt la deuxième solution: Damien est en roue libre, en crise. Il se laisse entraîner par cette violence qui l’habite et qu’il essaie de calmer en allant voir la prostituée. Mais cette violence ressurgit face aux dealers qui infestent le quartier. Désespéré, il se laisse aller à ses pulsions premières. Cela s’explique aussi par son goût des armes à feu. Comme moi, Damien a un problème avec les dealers de son quartier. Mes deux filles sont allées au parc des Cropettes dont les bancs étaient occupés tous les jours par des vendeurs de came. Cette présence me gênait beaucoup.

En plaçant un meurtre sordide au milieu de votre histoire, n’avez-vous pas eu peur de changer de genre, de basculer du roman de société au roman noir et donc de perdre les lecteurs intéressés par le thème initial ou d’atténuer le côté tragique de l’épilogue, parce qu’on s’identifie moins à Damien?

Je n’ai pas tellement pensé à ça. Ce meurtre s’imposait de lui-même et donnait un sens à cet homme en fuite et en crise. Je voulais jeter sur lui des éclairages très différents, en faire un personnage contrasté, avec des zones d’ombre et pas seulement un héros positif. Je suis toujours obsédé par l’idée d’un livre total, j’essaie d’éclairer toutes les facettes d’un personnage, même les moins glorieuses.

Pourquoi avoir choisi d’alterner la narration à la première personne et la narration à la troisième personne, tout en restant malgré tout fidèle au point de vue de Damien?

Ça s’est imposé tout seul. Damien est un comédien habitué à tenir différents rôles, le rôle de père, de mari, d’homme. De temps en temps, il parle en son nom et la partie suivante est impersonnelle, comme s’il y avait un point de vue extérieur. Cette alternance souligne sa double personnalité.

L’actualité a beaucoup d’impact sur la vie de vos personnages au point que l’élection de Trump se confond avec la rupture que le narrateur qualifie d’explosion atomique. Damien sert-il de victime expiatoire à sa femme qui se venge ainsi de l’accession au pouvoir d’un misogyne notoire?

On peut le voir comme ça. Ce qui m’avait frappé en 2016, c’est l’extraordinaire coup de tonnerre qu’a représenté cette élection. Personne ne l’avait vue venir. Le jour même, les sondages du New York Times ne donnaient que 6 ou 7% de chances de victoire à Trump. Ça m’a frappé de voir qu’après une élection relativement démocratique, les gens ne croyaient pas au résultat et n’acceptaient pas le verdict populaire. Ce qui m’a intéressé, c’est le déni d’une partie des Américains. Une grande différence avec la Suisse, où le peuple est souvent consulté et accepte le verdict une fois qu’il a donné son avis.

Ce parallèle entre l’actualité politique et le devenir de Damien et Leslie tend-il à rappeler que le destin des personnages est écrit à l’avance, en l’occurrence par l’auteur?

Non, il n’était pas écrit d’avance. Ce qui était programmé, c’est l’aventure de ce personnage, comédien, partagé entre deux villes, qui a connu un certain succès dans les années 2000 et qui est maintenant sur la touche. Son destin ressemble à celui de plusieurs comédiens que je connais, en particulier Carlo Brandt. Après deux décennies de lumière, c’est l’ombre qui guette.

Le Royaume-Uni post-Brexit est-il la métaphore d’un père à la dérive ou d’un enfant déchiré entre deux continents?

On peut le voir comme la métaphore de la déchirure ou de l’arrachement qui est l’un des thèmes du livre, l’enfant étant sans cesse arraché à sa vie, à ses affections. Je voulais une espèce de voyage heureux, un moment de grâce où le père oublie les soucis liés à son ex et tous les ennuis qu’il a laissés derrière lui.

Lorsqu’il s’enfuit avec l’enfant, Damien ne prend aucune précaution pour échapper à la traque ou retarder l’échéance. Il n’essaie pas de changer de véhicule, de modifier son apparence et utilise même sa carte de crédit alors qu’il détient une grosse somme en espèces. Il ne se donne pas les moyens d’atteindre ne serait-ce que l’objectif géographique qu’il s’est fixé. Est-ce que la destination visée n’a finalement pas d’importance?

Damien est imprudent et inconscient. Il n’a pas encore prévu la fin de l’histoire, ne sait pas s’il va revenir en arrière ou si c’est une fuite définitive.


«Fête des pères», Jean-Michel Olivier, Editions de l'Aire/Serge Safran Editeur, 384 pages.

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