keyboard_arrow_left Retour
Actuel / Venice Time Machine

«Pas un seul euro n'est allé aux archives d'Etat de Venise»

N on, les Archives d’Etat de Venise n’ont pas décidé sans crier gare de suspendre le projet Venice Time Machine initié par l’EPFL: leur directeur, Gianni Penzo Doria, livre sa version des faits. Il réclame une «égale dignité» entre partenaires.

BPLT: Qui a pris la décision de suspendre le projet Venice Time Machine et pourquoi?

Gianni Penzo Doria: Il ne s’agit pas d’une décision unilatérale, elle a été prise de concert avec le professeur Frédéric Kaplan le 13 septembre 2019 - deux courriels officiels et une lettre officielle en témoignent. Notre communiqué de presse date du 19 septembre. Donc, Lausanne était parfaitement au courant. Si le professeur Kaplan n'a pas averti la Présidence de l'EPFL, cela n’est pas imputable aux Archives de Venise, il s’agit d’un problème de communication interne de leur côté.

En 2014, un mémorandum a été signé entre les parties. Pourquoi n’a-t-il pas été suivi d'accords spécifiques et de projets exécutifs?

Le mémorandum avait également été approuvé par le ministère italien de la Culture en 2014. Par la suite, en 2018, le ministère avait approuvé un accord que Lausanne n’a pas voulu signer. Mais c’est à Lausanne qu’il faut demander les raisons pour lesquelles il n’a pas été suivi d’accords ultérieurs. 

Mais qu'en pensez-vous?

Le souhait de nos partenaires suisses est que toutes les données soient disponibles sur le web en mode «open». C'est la raison principale pour laquelle Lausanne ne veut pas signer l'accord. De notre côté, sans un accord spécifique sur «quelles données et comment», il ne nous est pas possible de délivrer des autorisations. La question est très délicate en référence au profil scientifique de l’Archive, qui doit garantir l’authenticité, l’exhaustivité et l’intégrité des données. Ce n’est pas une «liberté», mais une méthode scientifique qui protège la liberté de tous par l’exhaustivité et la fiabilité des données. Cela, l’EPFL le savait depuis 2014, mais elle a préféré l'ignorer. 

Comment le projet est-il financé et qui a mobilisé des ressources jusqu'à présent?

Le projet bénéficie d'un financement suisse et d'un financement européen. Pas un seul euro n'est allé aux archives de l'Etat de Venise. Il est surprenant que le professeur Kaplan affirme avoir fourni des fonds indirectement, par le biais d’appareils – scanners et serveurs – et de reproductions numériques: ce matériel étaient utilisé pour le travail à Lausanne! Il n’apporte strictement rien aux archives d'État de Venise.

Quels sont les avantages du projet Time Machine pour la ville de Venise ou pour l'Italie?

Le projet scientifique est de nature strictement informatique, il n’est d’aucun apport historique ou archivistique. Ses retombées se bornent donc à la divulgation de milliers d'images, totalement dénuées de pertinence en termes de fiabilité et de conservation du patrimoine. De plus, il n’existe aucun plan de conservation à long terme pour les images. Qu’en restera-t-il dans 5 ou 10 ans? Et qui peut garantir l’exhaustivité de l’information fournie?

À quoi fait-il spécifiquement référence?

Nous devons non seulement préserver les images, mais également toutes les données qui changeront d'année en année et devront être pleinement disponibles afin de préserver la preuve de leur authenticité et de leur intégrité. En bref, nous ne mettons pas à disposition des photocopies numériques, mais des reproductions fiables: ce matériel n’est pas destiné aux informaticiens, mais aux archivistes.

Savez-vous s'il y eu des problèmes dans certaines autres villes européennes parmi les 18 impliquées dans le projet Time Machine?

Je ne suis au courant d'aucun problème dans d'autres villes.

Savez-vous si le ministère du Patrimoine culturel prendra position sur la suspension du projet?

Le ministère italien prendra bientôt position.

L’impression qui se dégage de vos propos est que Venise se sent utilisée sans contrepartie dans un projet où les rapports sont inégaux… 

Il est certain que cette collaboration, qui doit être refondée et rediscutée, ne nous a pas apporté d'avantages directs. Nous sommes disposés à collaborer, mais avec des règles partagées. La recherche scientifique est sacrée, mais elle doit reposer sur une égale dignité entre les partenaires.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

© 2019 - Association Bon pour la tête | une création WGR