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A vif

A vif / L’humour cynique de Yasmina Reza sur les planches romandes

Michèle Laird

7 décembre 2018

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Après Villars-sur-Glâne, la pièce cinglante de Yasmina Reza reprend la route. L’occasion de découvrir à Lausanne, Yverdon-les Bains, Gland et La Chaux-de-Fonds sa cruauté jouissive dans une production de Georges Guerreiro avec quatre formidables comédiens.



Assister à une pièce de l’auteure de théâtre et romancière Yazmina Reza, c’est rire jaune pendant qu’un couteau tourne dans la plaie. La Parisienne d’origine iranienne a l’art de tourner le dialogue en piques assassines qui ne manquent jamais de justesse et de drôlerie.

Ses pièces sont jouées dans plus de 35 langues à travers le monde, dont la plus connue Art, qui initiait en 1994 son style de théâtre intimiste où la parole se substitue à l’action.

Le Dieu du carnage

Quatre personnages tiennent la scène, deux couples qui se rencontrent pour éclaircir les circonstances de l’agression (provoquée ?) du fils de l’un sur l’autre. Résultat: deux incisives cassées et une figure amochée. A qui la faute?

Très vite, la tentative de médiation dégénère en pugilat, mais les adversaires se reforment toutes les minutes: un couple contre l’autre, mari contre femme, femme contre femme, homme contre homme, et on recommence.

Pour servir Le Dieu du Carnage et sa violence sous-entendue, le metteur-en-scène Georges Guerreiro, s’est entouré de quatre formidables comédiens. Marie Druc joue la maman justicière calme et posée qui finit dans l’hystérie, Carine Barbey glisse de la poupée avenante à la vengeresse, Valentin Rossier, quincailler carré, finit par tourner en rond. Quant à Vincent Bonillo, il tient le rôle le plus odieux avec brio, celui d’un avocat qui essaie d’étouffer les effets délétères d’un médicament distribué par un de ses clients.

Grand Guignol

Le jeu des comédiens ne laisse pas planer les non-dits, comme ont pu le faire Isabelle Huppert et André Marcon lors de la création de la pièce à Paris en 2008. Il n’y a pas non plus l’amère ironie de la production britannique dans la traduction de Christopher Hampton de la même année. La subtilité et le pouvoir des silences de Reza n’ont pas leur place ici.

Au lieu de cela, l’outrance des comédiens plonge la pièce dans du Grand Guignol. La retenue initiale des personnages se dissout et laisse apparaître une violence qui frise l’excès. Certains pourraient s’en indigner, mais l’efficacité reste au rendez-vous.

Sur les planches des théâtres vaudois qui accueillent la pièce, l’occasion est ainsi donnée de clore l’année avec la résolution de ne pas tomber dans les travers grotesques des personnages qu’on vient de voir sur scène. C’est du pur plaisir.

Témoignages dans la magnifique salle de la Grange de Dorigny lors de la première à Lausanne.

Une bande d’élèves du Gymnase de la Cité s’était manifestement amusée:

«On a beaucoup aimé la manière exagérée de jouer les personnages. L’avocat, surtout, était très drôle».

Une élève s'amuse à décrire le thème en un mot: «Carnage».

«C’était haut en émotion, explosif!» 

Cécile, politologue, était également dans la salle. Elle qualifie le texte de féroce et aimait le côté outrancier de la pièce. Elle souligne cependant l’équilibre parfait des dialogues, avec les mots qu’il fallait quand il le fallait.

«La pièce met au jour comment les situations peuvent vite déraper avec la métamorphose des personnages. Un enfer pavé des meilleures intentions».

«C’était décapant, mais il y avait beaucoup de choses de très vrai». 

La Baraka Compagnie

Le Dieu du Carnage

de Yasmina Reza

Mise en scène: Georges Guerreiro

Scénographie: Christian Gregori

La Grange de Dorigny, Lausanne

décembre 6 @ 19:00 - décembre 9 @ 21:00

Théâtre Benno Besson, Yverdon-les Bains

décembre 13 @ 20:00 - décembre 14 @ 22:00

Théâtre Grand-Champ, Gland

décembre 18 @ 20:30 - 22:00

L’Heure Bleue, La Chaux-de-Fonds

décembre 21 @ 20:00 – 22:00


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