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Analyse

Analyse / Plutôt qu'un conseiller fédéral vert, un Secrétaire d'Etat

Chantal Tauxe

31 octobre 2019

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D'ici au 11 décembre, on va avoir droit à un grand théâtre pour ou contre l'élection d'un Vert au gouvernement. Il y a d'autres pistes à explorer pour traduire l'urgence climatique dans les institutions. Chantal Tauxe propose deux pistes.



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La Suisse est décidément un curieux pays. Le gagnant des élections fédérales n’est pas le parti qui totalise le plus de suffrages ou de sièges, mais celui qui en gagne le plus par rapport à son score d’il y a 4 ans… Les Verts et leurs cousins Vert’libéraux sont ainsi désignés gagnants, alors que l’UDC demeure le premier parti de Suisse avec près de 9 points d'avance sur  plus le second! En conséquence, jusqu’au 11 décembre, jour de réélection du Conseil fédéral, on va beaucoup parler de la probabilité de donner un fauteuil gouvernemental aux Verts.

Ce sera un beau théâtre, le casting est nouveau: cette fois-ci, il n’est pas question du genre de l’élu-e potentiel-le, ni de son appartenance régionale, mais de l’opportunité de rebrasser la formule dite «magique» qui détermine la composition du gouvernement.

Dans l’absolu, la revendication des Verts n’est pas illégitime: socialistes, libéraux-radicaux, verts et démocrates-chrétiens se tiennent dans un mouchoir de poche - un arc de 5,2 points - qui va doper une course à la visibilité contraire à l’esprit de gentille concordance que l’on prête à nos institutions. Si l’on s’en tient à la pure arithmétique, il est difficile de justifier autrement que par l'histoire et l'habitude que PS et PLR aient droit à deux sièges, le PDC à un, et les Verts à rien.

Mais un gouvernement n’est pas qu’une pure question arithmétique. Il devrait entrer dans la réflexion sur sa composition des considérations programmatiques. Surtout après une législature marquée par les blocages et une claire impuissance à trouver des solutions aux problèmes les plus urgents.

Il est à craindre que jusqu’au 11 décembre le théâtre «un vert ou pas, qui propulser, qui chasser?» retarde les discussions de fond: comme d’habitude sous la Coupole bernoise la personnalisation prendra le dessus sur les enjeux.

A la fin, le soufflé retombera, même si sur le papier, avant même le deuxième tour du Conseil des Etats le 10 novembre, verts, vert’libéraux, démocrates-chrétiens et socialistes, totalement soudés, disposent déjà d’une majorité théorique pour attaquer un siège PLR.

Dans ce contexte, il y a peut-être mieux à faire que d’alimenter le théâtre. Si on veut mieux intégrer la préoccupation climatique dans la manière de gouverner, d’autres pistes pourraient être explorées.

Par exemple, le Conseil fédéral pourrait nommer un Secrétaire d’Etat à la transition énergétique pour mettre le turbo (si on ose encore cette métaphore) dans les mesures à prendre pour parvenir à la neutralité carbone au plus vite. Une décision qui peut être prise rapidement. Un homme paraît tout désigné pour cela: Roger Nordmann, le conseiller national socialiste auteur d’un récent «Plan solaire et climat1» aussi précis que raisonnablement volontariste.  Ou alors une personnalité verte du même calibre. 

Le Conseil fédéral pourrait aussi réfléchir à des moyens de mieux écouter et associer les jeunes - engagés dans les partis ou pas - qui ont manifesté pour le climat et vont continuer à le faire. Sur le modèle des parlements des jeunes, pourquoi ne pas organiser des sessions spéciales qui instaurant un dialogue entre le Conseil fédéral et cette génération d’activistes du climat?

Ce qu’appelle l’urgence climatique - chacun en conviendra - c’est une capacité d’innovation décuplée. Ce qui est vrai pour l’économie ou la politique devrait l’être aussi pour les institutions. Acter cette exigence passe par de nouvelles idées et beaucoup de créativité.


1Roger Nordmann, Le Plan solaire et climat, Comment passer de 2 à 50 GW photovoltaïque pour remplacer le nucléaire, électrifier la mobilité et assainir les bâtiments,  Editions Favre / Swissolar, 2019

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VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

4 Commentaires

@Lagom 03.11.2019 | 11h18

«Etre au CF c'est mieux, pour qu'ils soient responsables comme les autres, de la politique du pays. C'est plus marrant en plus, si pour défendre par exemple le prolongation d'une centrale nucléaire, le collège demande à un.e vert.e de le faire.

Les projecteurs de Berne risquent de révéler des personnages qui n'ont aucune idée des réels enjeux économiques auxquels notre pays est soumis. »


@Eggi 03.11.2019 | 18h36

«Pour être clairs, commençons par ne pas mêler deux questions: celle de l'équilibre politique du Conseil fédéral, avec celle des moyens pour accélérer la lutte contre le dérèglement climatique.
Pour ce qui concerne la formule dite "magique", elle reflétait une situation politique désormais dépassée par la poussée "verte" aux élections du Parlement. Il est donc évident qu'il y a une nouvelle magie à trouver; elle ne le sera peut-être pas lors du renouvellement du Conseil fédéral de début décembre.
Quant aux moyens politiques à mettre en œuvre pour sauver notre planète, il appartient à la nouvelle force verte de chercher à créer des majorités nouvelles, notamment avec les démocrates-chrétiens mais aussi les nouveaux convertis du parti libéral-radical.
C'est ça, la politique à la Suisse; ça prend quelquefois un peu de temps, mais généralement ça marche...»


@Sev 03.11.2019 | 21h45

«Oui, la politique suisse prend du temps... mais a-t-on réellement tout ce temps à disposition ?
Ce qui est clair, selon moi, c'est que l'idéologie change peu à peu de camp : avant, les écologistes étaient taxés d'idéalistes, de doux rêveurs infantiles qui préféraient penser aux papillons qu'aux vrais enjeux politiques et économiques du pays ; maintenant que les papillons disparaissent et que notre survie sur la planète est possiblement en jeu, on commence à se demander si les idéalistes ne sont pas plutôt ceux qui pensent que la croissance économique reste prioritaire... »


@pa.nemitz 06.11.2019 | 15h09

«Casser la baraque n'est pas dans les mœurs helvétiques. Plutôt que de créer de nouvelles divisions, il serait possible d'augmenter le nombre de conseillers fédéraux. D'ailleurs la complexité de notre société requiert une répartition à taille humaine des responsabilités gouvernementales.
De plus cela permettrait une juste répartition des portefeuilles en fonction des forces politiques mais aussi en fonction de la provenance des élus.
Cela dit ne l'urgence climatique n'est pas un leurre et j'ai l'impression que l'humanité devra prendre des mesures contraignantes et désagréables pour surmonter l'épreuve»