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Actuel / Supermarchés participatifs: l'heure du choix

Marta Beltran

21 octobre 2017

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Ces enseignes d’un autre type sont en pleine expansion aux Etats-Unis et en France. Le premier spécimen helvétique devrait ouvrir dans un an à Meyrin. Il fera office de test.



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Consommer mieux et payer moins en échange d’un peu de temps. C’est le but affiché des supermarchés participatifs qui connaissent un succès retentissant aux Etats-Unis et plus récemment en France. La première enseigne suisse de ce type devrait ouvrir ses portes dans une année exactement à Genève. Nommée «La Fève», elle sera située au cœur du nouvel éco quartier des Vergers, à Meyrin et pourrait faire office de petite révolution dans le marché de la consommation helvétique.

Prix défiant toute concurrence

Son histoire a démarré en 2014 suite à une petite phrase glissée par l’initiateur du projet Benoît Molineaux lors d’une séance de réflexion sur cet éco quartier, alors en gestation. «Serait-il envisageable d’imaginer ce lieu en se passant des deux géants orange?» Pour l’assemblée, la proposition semble irréaliste. Comment diable un nouveau quartier comptant 1350 logements et regroupant 3000 habitants pourrait vivre sans héberger une Migros ou une Coop? Pourtant, la suggestion reçoit un soutien de poids, celui de Raeto Cadotsch, pilier de l’agriculture contractuelle de proximité à l’origine notamment des Cueillettes de Landecy et des Jardins de Cocagne.

Depuis, l’idée de créer un supermarché participatif a fait son chemin pour finir par s’imposer. Aujourd’hui le projet est lancé, les demandes de subventions sont en cours et la coopérative compte d’ores et déjà 250 membres. «On estime qu’il nous en faut 500 pour démarrer et à terme nous visons les 1000 adhérents pour pouvoir tourner», explique le responsable.

Mais concrètement comment fonctionne un supermarché participatif? Avant de pouvoir envisager de remplir son caddie dans les rayons de La Fève, il faut devenir membre de la coopérative et acquérir au minimum une part sociale (à hauteur de 100 francs). Les adhérents devront également travailler bénévolement deux à trois heures par mois dans l’enseigne que ce soit à la caisse, au nettoyage, ou encore au remplissage des rayons. En échange, ils ont leur mot à dire sur l’orientation du magasin, l’assortiment, le fonctionnement et bénéficient de prix défiant toute concurrence. Car c’est bien là que réside la force de ce modèle: en économisant sur les salaires grâce au travail des bénévoles et en diminuant drastiquement les marges, les coûts des produits peuvent être jusqu’à 30% moins cher que dans un supermarché classique.

Succès fulgurant

Afin de lancer ce nouveau magasin, ses concepteurs ont pris exemple sur les coopératives de Park Slope Food Coop à Brooklyn et de La Louve à Paris. La première enseigne est la référence en la matière. Lancée en 1973, elle compte 17'000 membres et doit refuser des adhérents faute de place.

Park Slope Food Coop à Brooklyn a ouvert il y a près de... 45 ans.

La seconde, située dans le 18e arrondissement de la capitale française a ouvert ses portes il y a un an. Encore en phase de test, elle voit les inscriptions affluer à un rythme effréné. A tel point que le magasin a refusé de nous parler «pour ne pas faire trop de pub», précisant qu’il compte déjà 5600 membres et qu’il faut six semaines d’attente pour pouvoir accéder à une réunion d’accueil…

La Louve à Paris s'est appuyée sur l'expérience de Park Slope Food pour créer, l'an dernier, son supermarché.

Ces expériences ne sont pas passées inaperçues et une trentaine de nouveaux supermarchés de ce type sont actuellement en gestation en France. Des projets devraient également démarrer prochainement en Belgique et en Espagne. Reste à savoir si le concept prendra en Suisse.

Pour l’initiateur du projet meyrinois, l’heure est à l’optimisme d’autant plus que le fonctionnement de La Fève est calqué sur celui de ses grands frères américains et français et que ces derniers lui apportent une aide conséquente. Seule spécificité genevoise: les agriculteurs sont intégrés dans la direction du supermarché qui se nomme d’ailleurs Supermarché Participatif Paysan. «Le but c’est que les agriculteurs fassent partie intégrante du projet, qu’ils aient leur mot à dire et puissent écouter les souhaits des membres. Nous voulons qu’il y ait un échange continu entre consommateurs et producteurs.»

Recherche de financement

Au-delà des producteurs, c’est toute la chaîne de transformation qui devrait également être présente dans l’éco quartier. Un boucher, une boulangerie, une conserverie pour les fruits et les légumes et une laiterie devraient permettre de fournir le supermarché qui proposera également tous les biens de consommation courants. «Nous souhaitons vendre des produits bio, éthiques et, dans la mesure du possible, issus de la production locale, mais n’importe quel article demandé par des membres pourrait être mis en rayon, même si il ne rentre pas dans certaines catégories», précise Benoît Molineaux. A titre d’exemple, des tomates bio produites en Espagne dans des conditions sociales discutables pourraient donc être vendues, mais tous les articles seront accompagnés d’une étiquette spécifiant leurs conditions de production. «Le but est d’avoir une vraie réflexion et des discussions sur ce que nous mangeons. Nous souhaitons passer d’une société de consommation à une société d’action.»

Tout cela semble fort intéressant, mais qu’en est-il des deux millions nécessaires pour démarrer l’aventure? «A ce stade, la levée de fond avance bien grâce aux ventes des parts sociales (les adhérents achètent en moyenne trois parts) et aux dépôts participatifs. Nous attendons également des réponses de différentes associations et organismes auprès desquels nous avons fait des demandes de subventions. Les premiers retours sont plutôt encourageants et les gros efforts en matière de communication vont commencer prochainement. Nous sommes donc confiants!», se réjouit le responsable.

Autres projets en gestation

Dans l’attente d’une ouverture prévue pour l’automne 2018, les milieux associatifs genevois évoquent déjà d’autres projets du même type. «Le sujet a été abordé lors des réflexions sur les futurs quartiers du PAV Grosselin, des Grands Esserts ou encore de la Caserne des Vernets», confirme Benoît Molineaux avant d’ajouter que des associations valaisannes, fribourgeoises et bernoises intéressées par le concept ont également approché l’équipe de La Fève.

L’expérience meyrinoise semble donc susciter beaucoup de curiosité et d’espoirs. Elle est certainement également suivie de près par les deux géants orange qui risquent de voir ainsi filer d’autres opportunités de s’implanter dans de nouveaux quartiers. 

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