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Actuel / Europe: quand les applaudissements tariront

Jacques Pilet

10 novembre 2020

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La détestation des Européens pour Trump, aussi compréhensible soit elle, les a conduits à ignorer les faiblesses du vainqueur démocrate et à espérer des temps meilleurs pour eux. Ils risquent d’être déçus.



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Se laisser porter par ses espoirs et par l’engagement massif des grands et prestigieux médias américains conduit à l’aveuglement. D’abord sur la personnalité du nouveau président, Joe Biden. Son âge n’est pas tout. C’est un gaffeur récurrent, aux convictions molles, un carriériste obstiné qui a passé un demi-siècle dans les marmites politiques. Son attachement à la famille, au-delà des drames qu’il a connus, l’a amené à couvrir les agissements de son fils qui a palpé beaucoup d’argent avec une compagnie pétrolière ukrainienne alors que son père était vice-président des Etats-Unis. Fait que personne ne nie. Le rejeton quinquagénaire, en butte de surcroît à quelques problèmes d’addictions, n’a plus de souci à se faire: papa veillera, comme il l’a déjà fait, à ce que le président ukrainien renonce à enquêter sur cette compromission douteuse. Et la presse qui adule − pour le moment − le nouveau président ne s’intéressera pas de si tôt aux autres magouilles de ce petit descendant. Mais passons sur cette zone d’ombres. Passons aussi sur les fraudes éventuelles. Elles n’ont sans doute pas été déterminantes. Mais il est probable qu’il y en a eu. Si le vote a dû se répéter en raison de doutes de cette sorte dans un microcosme minuscule comme celui de Moutier, comment imaginer que dans les immensités américaines il ne s’est produit aucune manigance? Rappelons que la France a renoncé au vote par correspondance. Parce que trop de morts votaient!

Renaissance du multilatéralisme?

Ce qui importe davantage, pour l’Europe, ce sont les changements qui surviendront, ou pas, dans la politique étrangère.

La renaissance tant souhaitée du multilatéralisme? Oui, les USA rejoindront l’Accord de Paris sur le climat, ce qui dans les faits ne changera guère la donne. Ils reviendront à l’OMC. Au-delà? L’excellent politologue Pascal Boniface résume: «Même s’il met un peu de multilatéralisme dans sa politique étrangère, Biden ne sera pas un président multilatéral parce qu’aucun président américain ne l’a réellement été.» Biden pense aussi que l’Amérique doit mener le monde. Voir sa déclaration d’avril 2020 citée par Foreign Affairs: «Why America Must Lead Again». Il est habité, comme tant d’autres présidents, par l’idée de défendre ou d’imposer la démocratie, par la force souvent, quoi qu’il en coûte, quels que soient les désastres ainsi provoqués. Biden avait été chargé par Obama de superviser les opérations en Irak. On a vu où la politique d’alors a conduit: la naissance de l’Etat islamique et le renforcement de l’influence iranienne.

Au Moyen-Orient, peu de changements en vue. On reparlera à Washington comme ailleurs, d’une «solution à deux Etats» entre Israéliens et Palestiniens, sans y croire une seconde. L’Iran, lui, n’est pas près de trouver là l’espoir de renouer une négociation. Ce que les mollahs durs ne souhaitent d’ailleurs pas.

La Chine, quant à elle, sait fort bien que se poursuivra, peut-être en d’autres termes formels, l’affrontement économique et stratégique avec la première puissance mondiale qu’elle entend surpasser. Tous les Américains, à gauche comme à droite, souhaitent le durcissement.

Le lobby de l'armement peut se frotter les mains

Face à la Russie, le ton se durcira aussi. En atteste une autre déclaration citée par Foreign Affairs: «How to Stand Up to the Kremlin Defending Democracy Against Its Enemies (comment affronter le Kremlin en défendant la démocratie face à ses ennemis)». Le gigantesque lobby de l’armement qui a tout intérêt à la tension est-ouest pour fourguer son bazar militaire aux Européens notamment, peut se frotter les mains: il sera soutenu par le nouveau président comme par le sortant. Jamais les démocrates n’ont un mot critique à son endroit. N’oublions pas trop vite que Obama et Hillary Clinton, dont l’entourage va retrouver la Maison blanche, a entretenu et déclenché nombre d’opérations militaires à travers le monde. Bien plus que Trump qui au moins avait limogé son conseiller Bolton, grand va t’en guerre!

Les Européens rêvent de convaincre les Etats-Unis de les rejoindre, au sein de l’OCDE, dans l’effort envers d’autres géants, les GAFA, pour leur faire enfin payer des impôts. Trump avait commencé de le faire à l’échelle nationale avec un taux de 10 %. Joe Biden veut aller plus loin: son programme prévoit de doubler la taxation des profits étrangers au taux de 21%: tout bénéfice pour le Trésor américain mais rien pour les pays où se réalisent les bénéfices! Prévu aussi: soumettre à cet impôt les multinationales étrangères, du luxe notamment. Au détriment d’abord du Vieux-Continent.

«Nous devons mettre fin à une guerre commerciale artificielle que l’administration Trump a déclenchée», a déclaré l’un des principaux conseillers de M. Biden, Tony Blinken. Mais ce dernier évoquait aussitôt «le déséquilibre persistant et croissant dans le commerce des produits agricoles en raison de règles qui nous empêchent de vendre des produits là où nous sommes très compétitifs». La querelle agricole va reprendre de plus belle, les Européens ne voulant pas de poulet au chlore ou d’OGM. Quant aux Suisses qui espéraient un accord de libre-échange, ils peuvent l’oublier s’ils entendent protéger leur agriculture.

Il ne s’agit pas là de procès d’intention. Simplement de garder les yeux ouverts sur des réalités de pouvoirs. Sans céder à l’euphorie du moment.

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VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

3 Commentaires

@Jack MacHost 10.11.2020 | 09h59

«Ah Monsieur Pilet, quel plaisir de retrouver votre verve et vos analyses.

Mais est-ce la faute du président américain, quel qu'il soit, si on projette nos attentes?
Depuis le temps on devrait être immunisés.
Le président américain regarde pour l'Amérique. Tout le monde fait pareil il me semble.

Avec de telles attentes, Biden ne peut que décevoir, comme cela avait été le cas de Obama.
Sans compter que son parti s'est également uni dans sa détestation de Trump.
Celui-ci écarté, les bringues ont déjà commencé.
Vous pouvez également ajouter l'obstacle du Sénat qui restera républicain, à moins d'un improbable retournement de situation. La réaction des Bourses ne laisse pas planer le doute à ce sujet.
Comment voulez-vous faire quoi que ce soit dans ces conditions?

A propose de l'Irak, je vous trouve bien dur.
Vous aviez à l'époque écrit plusieurs analyses sur ce que l'aventurisme de Bush allait amener.
Tout s'est réalisé mot pour mot.
Difficile ensuite de reprocher au tandem Obama/Biden de ne pas avoir pu remettre tout cela d'aplomb.

Cela m'amène à vous demander si vous pourriez nous faire une analyse du parti Républicain.
Passons sur l'affaire de la cour suprême, elle est dans toute les mémoires.
Puisque vous le mentionnez, commençons par la guerre Irak/Afghanistan.
Bush a eu un appui unanime, on est d'accord. Son parti en tête.
Ce même parti a ensuite reproché à Obama, pendant 8 ans, son incapacité à réparer leurs dégâts.
Il me semble que Trump a creusé le déficit plus que quiconque avant lui.
Sous les applaudissements de ces même sénateurs qui ont passé 8 ans à reprocher ses dépenses à Obama.
Et dont on peut parier qu'ils feront de même avec Biden avant fin janvier.
Que dit ce positionnement? Quelle est la responsabilité du parti dans la situation actuelle?
Au plaisir de vous lire.
»


@Bob28 15.11.2020 | 11h31

«Ça me fait un bien fou de recadrer le tout. Par ailleurs, je perdrai quelques éclats de rire (denrée rare ces temps) par le départ de Trump...»


@Eggi 16.11.2020 | 19h02

«De quelle euphorie parle Monsieur Pilet? Je n'ai ressenti que celle provoquée par l'éviction de Trump. Pour ce qui concerne Biden, tous les commentateurs avisés attendent l'application d'un programme politique peu fourni. Si le nouveau président rejoint à nouveau l'accord sur le climat et reprend un dialogue cohérent avec les autres puissances, dont l'Europe, c'est déjà quelques grands pas de faits...»


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