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Actuel / Lettre ouverte à Roland Jaccard

Amèle Debey

26 juillet 2018

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Cher Roland Jaccard, votre dernière chronique «Bikini contre Burkini» a déclenché chez moi des réactions pour le moins éloignées de l’«anesthésie générale» que vous dénoncez dans votre texte. En tant que membre de la rédaction de Bon pour la tête je ne suis pas censée réagir, mais puisque BPLT n’est pas une rédaction comme les autres, je me permets de me fendre d’un contre-article afin de vous expliquer les raisons de mon exaspération.



Je dois avoir l’âge des femmes que vous aimez reluquer au bord des piscines. Je ne suis pas musulmane et encore moins prude, mais je ne peux tout simplement pas vous laisser dire de pareilles énormités totalement surannées sans réagir. Au risque de vous surprendre, sachez que la plupart des femmes n’ont pas vocation à servir de divertissement aux hommes, ni sur les plages, ni ailleurs. Elles ne choisissent pas leur tenue en fonction de ce qui serait le plus agréable aux yeux de ces Messieurs. Elles n’ont pas besoin de la validation des hommes pour ne pas passer inaperçues. Et elles alternent fièrement entre topless et bikini lorsque l’envie leur prend et que le contexte s’y prête.

L'un des problèmes de votre discours est que vous confondez le combat pour les droits des femmes – qui représente une évolution sociétale – avec la moralisation excessive qui sévit effectivement en ce moment et qui transforme n’importe quel réseau social en tribunal de la bienpensance.

Vous prenez l’islam comme bouc émissaire de vos frustrations personnelles...

Puisque vous mélangez tout, la seule chose claire qui ressort de vos propos est votre connivence avec ces hommes qui regrettent qu’on ne puisse plus se livrer impunément au «troussage de bonne», comme au bon vieux temps, et qui considèrent que des mouvements comme «MeToo» sont un obstacle à la libre expression de la lubricité masculine.

De plus, vous prenez l’islam comme bouc émissaire de vos frustrations personnelles. Preuve en est, votre passage particulièrement élégant sur la débandade du narcissisme qui fait que «le boudin n’a plus honte d’être un boudin». Les thons n’auraient désormais plus la décence de se planquer du regard gourmand de tous ces mâles venus à la plage exprès pour se rincer l’oeil. En gros, personne n’est plus suffisamment à poil, sauf les moches. On a rarement fait aussi classe! Ce qui vous dérange avec le burkini – qui représente évidemment un sujet en soi, personne ne le conteste – semble moins être le côté politique de la chose que le fait qu’il s’agisse d’un corps de moins à reluquer.

Contexte historique

La révolution sexuelle nécessaire des années 60, que vous portez aux nues (sans mauvais jeu de mots) s’est produite dans un contexte bien particulier, en réaction à l’ère puritaine qui l'a précédée. On ne pouvait en ignorer le contexte historique à ce moment-là, comme on ne le peut toujours pas à l’heure actuelle. Période que l’on pourrait tout à fait considérer comme un équilibre entre deux extrêmes.

Alors en effet, les piscines publiques ne sont pas l’endroit idéal pour y trouver «l’ambiance frivole et érotique» que vous y recherchez mais, rassurez-vous, d’autres lieux propices à ce genre de plaisirs sont légion.

Peut-être serait-il temps de changer de point de vue sur la société qui vous entoure, ou alors de mettre la main sur le Dr. Emmett Brown, protagoniste de la saga Retour vers le futur, afin qu’il puisse vous renvoyer à une époque qui conviendrait à ceux qui, comme vous, semblent se fier uniquement aux apparences pour juger d'un esprit libertaire. Et cela ne se compte pas en décennies, mais plutôt en millénaires.

 


 

Pour relire le texte «Bikini contre Burkini» de Roland Jaccard, c'est par ici!

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VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

14 Commentaires

@miss k 26.07.2018 | 17h39

«Bonjour,
À la lecture de l'article de M. Jaccard, j'ai éprouvé un malaise. Or, il me fut difficile de le formuler en phrases nuancées.
Vous l'avez fait et je vous en remercie.»


@Lagom 27.07.2018 | 09h45

«Bravo !!!! sur RTS play vous pouvez visionné une interview de 1977 avec l'écrivain dans laquelle il parlait déjà des piscines publiques et de la drague......il n'est pas prêt pour changer.
A décharge en faveur de l'écrivain et en lisant l'ensemble de ses chroniques sur BPLT on dirait qu'il prend du plaisir à frôler les lignes rouges (en anglais ça sonne mieux les "border-lines") avec malice et une légère méchanceté qui le distingue des écrivains standards. Cela ne m'empêche pas de penser que sa chronique Bikini contre burkini était de mauvais goût et à de multiples titres d'ailleurs. »


@soleil 28.07.2018 | 16h28

«Bien envoyé!! Bravo , bravo. Quel plaisir de vous lire.»


@Pieroc 28.07.2018 | 19h45

«L'article de Roland Jaccard me paraît relever de la provocation nostalgique. Vous y répondez de manière nuancée, subtile, sans entrer dans le jeu de cette provocation.
Par ailleurs sur ce vaste sujet, je n'ai encore jamais lu (peut-on tout lire?) quelque chose qui parle de notre côté animal, instinctif. La recherche du partenaire pour perpétuer l'espèce. L'homme chasseur et la femme aguicheuse. Au-delà, on entre dans la culture, les devoirs, les égards, la bienséance. Chacun y navigue comme il peut, sans échapper à ses instincts, mais si possible avec conscience.»


@Lagom 29.07.2018 | 17h19

«@Pieroc: la différence entre l'animal et l'humain n'est pas seulement que l'humain a le privilège de pouvoir parler et sourire, mais surtout qu'il est capable de ne pas donner libre exercice à ses impulsions instinctives, que vous appelez "naviguer avec conscience". L'homme chasseur et la femme aguicheuse c'est terminé dans le monde humain, au bénéficie de l'égalité des 2 sexes, et les choix des partenaires se font désormais dans les 2 sens, et réciproquement !!! ça plaît à tout le monde ou ça ne plaît pas, peu importe. Il convient de vivre avec les règles d'aujourd'hui pas avec celles d'hier. La nostalgie est justifiable quand "c'était mieux avant" ce qui n'est plus le cas de nos jours au moins pour la majorité des humains.»


@Aclo 29.07.2018 | 17h20

«Voilà qui est bien envoyé ! Merci !»


@JoelSutter 30.07.2018 | 11h08

«Personne n’est plus suffisamment à poil, sauf les moches. On a rarement fait aussi classe!
Beau résumé. Bravo! »


@Norma Divan 30.07.2018 | 12h17

«En même temps, quand on défend Weinstein, DSK et Zemmour comme ce vaurien de Jaccard le fait, il y a une certaine cohérence dans cet article…il faut lui reconnaître le talent d'irriter son lecteur (sa lectrice, plutôt) avec un succès qui ne faiblit pas. Un homme qu'on adore détester, un peu…»


@Elizabeth 30.07.2018 | 21h59

«Que de lourdeur et de sentences solennelles pour répondre à un article qui se voulait amusant et léger. Que d'analyse tendancieuse, insupportable et scandaleuse surtout. Non, détester le burkini n'est pas forcément une attitude de vieux dégoûtant machiste. Non, avoir honte de MeToo ne relève pas forcément de la lubricité masculine mais de la révolte contre la chasse aux sorcières que représente ce mouvement. Et oui, on peut être une femme féministe et se déclarer consternée par vos propos. »


@macha 01.08.2018 | 11h55

«L'article de M. Jaccard ne méritait même pas une réponse. Si c'est de la simple provocation (à comprendre au 2ème, 3ème degré?), maître Bonnant le fait avec beaucoup plus de charme et a le mérite de nous amuser.»


@stef 02.08.2018 | 19h19

«@Amèle Debey
MeToo et toutes les autres horreurs (erreurs) de notre époque relèvent d’une tendance sociétale au tout politiquement correct qui va nous faire basculer à n’en pas douter vers une stérilisation des rapports humains, où tout devra être surveillé, réglementé, aseptisé.
Est-ce vraiment ce que vous souhaitez ?
Big Brother n’est pas loin, ce qui sera alors non pas une amélioration de notre quotidien, mais une régression.

A-t-on d’ailleurs encore le droit de dire cul, bite, nichons... sans être censuré ?
Je me réjouis de le constater... ou non...»


@Lagom 04.08.2018 | 14h50

«@stef: nous, les abonnés à ce bon journal, avons une chance inouïe de pouvoir commenter, critiquer et de nous défouler dans l’anonymat. Quel serait l'intérêt intellectuel pour quiconque d'entre nous de faire tomber l'ensemble des participants dans la vilenie. Notre belle langue nous offre mille et une façon de raconter sobrement des vacheries avec des mots courtois. Votre avant dernière ligne n'était pas nécessaire à mon avis. Amicalement,»


@Pieroc 05.08.2018 | 13h48

«Yvoire: vous semblez avoir de la peine à accepter que le côté animal des humains existe encore. Je ne le défends pas, mais il est là; c'est une donnée de fond. Dire que c'est "terminé dans le monde humain aujourd'hui", c'est nier une part de la réalité. Mais je suis bien d'accord qu'il faut aller au-delà. Seulement, tous n'y parviennent pas encore...»


@stef 19.08.2018 | 15h33

«@Yvoire: je constate avec plaisir que BPLT reste une terre de liberté.
Il n’en reste plus beaucoup, tant la société est devenue - en l’espace de quelques années seulement - liberticide !

Ensemble, ne permettons pas un retour en arrière de l’obscurantisme !»


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